Des galettes chinoises ultra croustillantes aux oignons verts, riches et juteuses grâce à une garniture au gras de porc, finies au four pour une texture parfaite.
L’odeur arrive avant la galette : de la ciboule qui grésille dans le saindoux chaud, sur une plaque de fer brûlante. Le cong you bing dore et cloque, puis la première bouchée craque avant de céder sur un cœur souple et élastique.
Dans une bonne version, la vapeur a écarté les couches sans les noyer de gras, et les doigts restent presque propres. Quatre éléments suffisent à cette cuisine de rue : farine, matière grasse, chaleur et ciboule. On le croit trop simple pour être vraiment bon… jusqu’à la première bouchée.

Le cong you bing, qu’est-ce que c’est ?
Cōng yóu bǐng (葱油饼) se traduit au plus près par « bing à l’huile de ciboule ». Le mot bing compte : dans la cuisine chinoise, il désigne toute une famille de galettes de blé, pas l’équivalent d’une crêpe épaisse.
La pâte est pétrie, pas liquide, et son volume ne vient pas d’une fermentation mais de la vapeur qui gonfle entre de fines pellicules de gras et sépare les couches. Le cœur reste élastique, jamais spongieux comme un da bing levé, ni fin comme un jianbing ou un pajeon coréen à pâte fluide.
La méthode part d’un tang mian, une pâte à l’eau bouillante qui gélatinise une partie des amidons et assouplit le gluten, si bien qu’on l’abaisse presque jusqu’à la transparence sans qu’elle se rétracte.
On étale dessus le yousu, un mélange de saindoux chaud, de farine, de sel et parfois de poudre aux cinq épices, puis une couche de tiges vertes de ciboule. Le tout est roulé en boudin serré, enroulé en spirale et aplati sans écraser, ce qui piège le gras et de petites poches d’air.
À Shanghai, la finition xian jian hou hong (先煎后烘) saisit d’abord la galette dans le gras avant de la passer au four : la plaque crée la croûte cloquée, la chaleur rayonnante cuit le cœur.

Des champs de blé aux rues de Shanghai
Le cong you bing s’inscrit dans la longue culture du blé du nord et de l’est de la Chine. Dans les textes anciens, bing couvrait de nombreuses préparations au blé, bouillies, cuites à la vapeur ou grillées.
Dès le VIe siècle, l’encyclopédie agricole Qimin Yaoshu détaillait ces méthodes et notait déjà l’emploi de graisses animales pour enrichir les pâtes, un précédent direct du gras qui définit la galette à la ciboule. Les graines de sésame venues par la route de la Soie ont donné en parallèle le hubing, une galette à chaleur rayonnante parsemée de graines.

Sous la dynastie Song, l’essor des villes a transformé ces aliments ruraux en mets de rue. Des chroniques comme Dongjing Meng Hua Lu décrivent des capitales où des vendeurs proposaient des galettes à l’huile à toute heure.
La forme moderne s’est fixée dans les échoppes de Shanghai, où la double cuisson est devenue une signature : on colore la croûte, puis chaleur et vapeur finissent le cœur. Des artisans comme « A Da » ont fait connaître ce style épais, élastique, frit puis rôti.
Une précision s’impose sur ce que le plat n’est pas. L’histoire selon laquelle le cong you bing aurait inspiré la pizza via Marco Polo relève d’un récit parodique récent, pas d’une source documentée. Son feuilletage tient au savoir-faire des artisans de rue, à la maîtrise de la chaleur et à la répétition des gestes.
Les ingrédients principaux du cong you bing

Une farine de blé, autour de 10 à 11 % de protéines, donne assez de tenue sans la mâche caoutchouteuse d’une farine à pain.
L’eau chaude fait le reste : en incorporant l’essentiel de l’hydratation vers 90 à 100 °C, on gélatinise une partie de l’amidon et on affaiblit le gluten, ce qui permet d’étirer la pâte très finement. Un peu d’eau froide lui rend juste ce qu’il faut de ressort, et le repos égalise l’humidité.
Dans la version shanghaïenne, le saindoux ne parfume pas seulement, il construit les couches. Semi-solide à température ambiante, il dresse des barrières entre les feuilles de pâte puis fond pendant que la vapeur les écarte.
La graisse de volaille fondue s’en approche, mais les huiles liquides imbibent la pâte, et le beurre apporte de l’eau et des notes lactées qui brouillent l’équilibre entre gras et ciboule.

Le yousu, cette matière grasse chaude liée à la farine et au sel, répartit le gras et protège l’abaisse de l’humidité de la ciboule. Les tiges vertes donnent l’arôme : tendres, lavées, bien séchées, finement ciselées, car les blancs percent la pâte et relâchent trop d’eau.
Le sel fin assaisonne les strates sans déchirer les feuilles, tandis qu’une plaque épaisse en fer ou en fonte assure une coloration régulière. Utilisée seule, l’huile de sésame domine trop et éloigne du profil classique.

Authentiques Cong You Bing – Scallion pancakes
Ingrédients
Pâte
- 150 g d’eau bouillante
- 5 g de sel
- 500 g de farine de blé teneur moyenne en gluten
- 160 ml d’eau froide à ajuster selon l’absorption de la farine
- 25 g de saindoux
Pâte huileuse
- 30 g d’huile neutre colza, tournesol, maïs…
- 30 g de farine
- 3 g de sel
Garniture
- 270 g d’oignons verts hachés
- 200 g de panne de porc réduite en pâte (gras de porc brut, pas du saindoux)
- d’huile de cuisson en quantité suffisante
Procédé
Préparations
- Préparer la panne de porc : la couper en petits morceaux, la mixer en pâte au robot et réserver.200 g de panne de porc

- Dans un bol, mélanger l’eau bouillante et le sel jusqu’à dissolution du sel.150 g d’eau bouillante, 5 g de sel

- Ajouter la farine et mélanger.500 g de farine de blé

- Pétrir jusqu’à obtenir une texture floconneuse, puis ajouter l’eau froide et le saindoux (ajuster l’eau froide selon l’absorption de la farine).160 ml d’eau froide, 25 g de saindoux

- Pétrir jusqu’à obtenir une pâte homogène (elle doit rester légèrement collante). Couvrir et laisser reposer au moins 1 heure.

- Préparer la pâte huileuse : mélanger la farine, l’huile neutre et le sel jusqu’à disparition des grumeaux, puis réserver.30 g de farine, 30 g d’huile neutre, 3 g de sel

Façonnage
- Après le repos, ne pas fariner le plan de travail : huiler le plan de travail et les mains, puis diviser la pâte en 6 pâtons d’environ 130 g.d’huile de cuisson

- Prendre un pâton et l’aplatir finement avec les mains huilées. Étaler une portion de pâte huileuse sur l’abaisse.

- Déposer beaucoup d’oignons verts hachés et une portion de panne de porc au centre des oignons verts, puis rabattre le haut, replier les côtés vers l’intérieur pour enfermer la garniture et rouler.270 g d’oignons verts

- Placer le rouleau debout, puis laisser détendre 10 minutes (étirer très finement les bords de pâte pendant le façonnage).

- Après la détente, aplatir le centre avec la paume pour former une galette (ou utiliser une presse à galette).

Cuisson
- Faire chauffer une poêle en fonte et y verser l’huile de cuisson (idéalement jusqu’à environ un tiers de la hauteur de la galette).

- Déposer une galette dans la poêle et la presser fortement. Faire frire jusqu’à ce que la première face soit dorée, retourner puis dorer l’autre face.

- Transférer au four et cuire à 180 °C pendant 4 minutes. Servir chaud.

Notes
- Une fournée de galettes demande environ 20 minutes.
- Texture recherchée : surface très croustillante (presque ferme) et intérieur tendre et moelleux.
- La panne de porc apporte une sensation plus juteuse et humide à l’intérieur.
- Avec trop peu d’huile, les galettes seront moins parfumées et moins croustillantes.