Un poulet fondant mijoté dans une sauce crémeuse au yaourt, parfumée aux épices entières et relevée de piment.
Le poulet korma s’annonce d’abord par le ghee qui chante doucement dans la marmite. Le poulet avec os prend un éclat laqué, tandis que cardamome, macis et muscade parfument la cuisine. Quelques gouttes de kewra relèvent la vapeur.
Les oignons frits écrasés se fondent dans le yaourt et donnent une sauce mouchetée, où affleure le roghan, ce film ambré de matière grasse épicée. C’est le poulet korma dans sa forme la plus noble : hyper savoureux et parfumé

Le Poulet Korma, qu’est-ce que c’est ?
Le mot korma, également orthographié qorma, kurma ou qurma, vient de l’ourdou qorma. Celui-ci est lui-même issu du turcique kavurma, un terme associé au braisage ou à la cuisson de la viande dans ses propres sucs et sa graisse. Cette filiation compte.
Dans le modèle classique mughlai et du Vieux Delhi, le korma se définit moins par un mélange d’épices figé que par une méthode. La viande est saisie dans la matière grasse, puis cuite doucement avec très peu de liquide ajouté. Ses sucs, le ghee et le yaourt deviennent alors la sauce.
Dans la tradition moghole, la structure repose sur trois ingrédients essentiels : le ghee, le yaourt entier et le birista, ces oignons frits croustillants qui apportent à la fois douceur et corps.

Le yaourt donne une acidité lactée et attendrit le poulet ; le ghee porte le parfum des épices entières ; les oignons, écrasés à la main plutôt que mixés, se lient au yaourt pour créer la texture danedaar recherchée. Le terme signifie « granuleux » ou « moucheté », mais en bouche le résultat reste plutôt délicat
Un korma classique, mughlai ou du Vieux Delhi, n’a rien d’un « curry » générique comme un curry japonais. Il ne se construit pas autour de la tomate, d’un excès de curcuma ou d’une poudre de curry japonais. Il ne recherche pas non plus la douceur d’un dessert. Sa couleur va de l’ivoire à l’ambre profond ; le roghan se sépare nettement sur les bords en fin de cuisson.
Les origines mogholes du korma
La forme moderne du poulet korma s’est forgée dans les cuisines indo-persanes de l’Empire moghol, documentées notamment au XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, elle s’est encore enrichie dans les cours mogholes tardives et celles des nawabs, avec l’usage du yaourt épais, des fruits à coque et du safran. Les techniques de cuisson de la viande venues d’Asie centrale y ont rencontré les traditions laitières, épicées et céréalières du nord de l’Inde, avec leurs pains comme les chapati. La table impériale privilégiait une richesse maîtrisée, sans piquant brutal.
L’une des sources historiques les plus nettes est le Nuskha-e-Shahjahani, un manuscrit culinaire persan du XVIIe siècle qui consigne des recettes issues des cuisines impériales de l’empereur Shah Jahan.
Les études des trois copies connues du manuscrit, conservées à Chennai, à la British Library de Londres et à la bibliothèque Zakir Hussain de la Jamia Millia à Delhi, montrent un style très différent de bien des kormas « mughlai » servis aujourd’hui au restaurant. Dans la version aristocratique de référence, on trouve peu ou pas de curcuma, un usage parcimonieux de l’ail et aucune tomate.
On raconte aussi qu’un korma blanc, légèrement parfumé au safran, aurait été préparé pour l’inauguration du Taj Mahal, sa couleur claire faisant écho au marbre du monument. Qu’il s’agisse d’une légende apocryphe ou d’une mémoire culinaire transmise, le récit dit quelque chose d’essentiel : le korma de cour devait paraître maîtrisé et lumineux, jamais tapageur.
Des cuisines de campement aux mariages du Vieux Delhi, la technique s’est surtout transmise par le geste, plus que par les livres. Le poulet ou le mouton mijotaient dans le yaourt.
Cardamome, clous de girofle, cannelle et laurier infusaient dans le ghee. On n’ajoutait le kewra ou l’eau de rose qu’à la fin, juste avant de couvrir pour retenir le parfum. Les braisages persans de type qaliya et l’usage indien des épices entières ont fini par former un plat à la structure claire : matière grasse, yaourt, oignon et cuisson lente.
Les ingrédients clés et leur rôle

- Poulet avec os, surtout les hauts de cuisse et les pilons de poulet : on privilégie ces morceaux parce que leurs tissus conjonctifs, cartilages et collagène autour de l’os enrichissent le braisage. Ils donnent du corps à la sauce, sans farine, crème ni épaississants artificiels.
- Ghee : le beurre clarifié supporte la chaleur nécessaire à la saisie et à l’infusion des épices. Il forme aussi le roghan final, cette matière grasse aromatique qui luit au bord de la marmite.
- Yaourt nature entier : c’est le principal liquide du plat et son élément acide. Il attendrit le poulet, structure l’émulsion et doit être frais, pas trop acide. Il faut le fouetter jusqu’à ce qu’il soit bien lisse avant cuisson.
- Birista : les oignons finement émincés sont frits jusqu’à être croustillants et dorés. Ils apportent douceur, profondeur sapide et texture danedaar. Après refroidissement, on les écrase à la main au lieu de les mixer en pâte humide.
- Coriandre moulue : elle fournit une base chaude et savoureuse, qui donne du corps sans rendre le plat piquant ni agressif.
- Piment rouge du Cachemire en poudre : il sert surtout à donner une couleur rouge profonde et une chaleur modérée, sans rechercher un piquant intense.
- Gingembre et ail : ils apportent un relief piquant, mais dans les versions de cour, on les dose avec retenue pour laisser respirer les notes florales et lactées.
- Épices entières : cardamome verte, cardamome noire, clous de girofle, cannelle et feuille de laurier infusent très tôt dans le ghee chaud et ancrent la sauce dès le premier crépitement.
- Khushboo ka masala : le macis, la muscade et souvent la cardamome sont moulus juste avant usage et incorporés tardivement, pour préserver leur parfum volatil.
- Kewra, eau de rose et safran : le kewra et l’eau de rose donnent la signature florale des cuisines de cour ; le safran infusé dans du lait tiède apporte du parfum et une nuance dorée discrète.
- Pâtes facultatives de fruits à coque ou de graines : la version de base peut s’en passer. Dans les variantes de cour, notamment shahi, awadhi et lucknowi, les pâtes de noix de cajou, d’amande, de pavot blanc ou de makhana apportent un velouté ivoire et une douceur légère.
- Sel : il assaisonne le braisage ; dans la méthode du Vieux Delhi décrite, il est ajouté après les premiers bouillons, une fois le yaourt stabilisé.
- Très peu d’eau : un korma doit s’appuyer sur le yaourt, les sucs de la viande et la matière grasse. On n’ajoute de l’eau qu’en cas de besoin, pour détendre la préparation.
- Ingrédients à éviter dans un korma moghol : la tomate perturbe l’équilibre lacté du yaourt ; trop de curcuma masque la teinte claire du plat ; la crème industrielle, le sucre et la crème de coco solide le font basculer vers une douceur typique des plats à emporter.
Repères d’authenticité et grands styles
Le moyen le plus rapide d’évaluer un korma consiste à observer sa surface et sa texture. Un poulet korma de style moghol ne devrait pas être uniformément lisse. Il doit laisser voir le grain danedaar du birista écrasé, un roghan net sur les bords et une couleur entre ivoire, doré et ambre, plutôt qu’un jaune fluorescent. Au nez, les arômes doivent se succéder : oignon bruni, acidité lactée, chaleur des épices entières, puis notes de macis, de muscade et de kewra.
Au Vieux Delhi, le shaadiyon wala, ou korma de mariage, est riche et savoureux. Il repose sur le yaourt, les oignons, une bonne quantité de ghee, d’huile ou d’un mélange des deux, ainsi que sur la coriandre, le piment du Cachemire et un khushboo ka masala ajouté tardivement. Il se passe généralement de pâtes de fruits à coque et de crème, et compte sur la réduction lente pour épaissir la sauce.
Les kormas shahi, awadhi et lucknowi recherchent un registre plus raffiné, avec l’ajout d’amande, de noix de cajou, de pavot, de makhana, de safran et d’eaux florales pour une finition ivoire et veloutée. Les interprétations issues du wazwan cachemirien mettent davantage le yaourt au premier plan, en recourant souvent aux piments du Cachemire pour une teinte rouge douce tout en évitant le curcuma ; certaines versions ajoutent du fenugrec frais pour apporter une légère amertume qui équilibre la richesse du plat.
Certaines adaptations méridionales, notamment autour de Hyderabad, incorporent du lait de coco, de la noix de coco râpée ou séchée et des aromates locaux, comme les feuilles de curry. Elles sont délicieuses à leur manière, mais relèvent d’une autre logique que les modèles de Shah Jahan ou du Vieux Delhi.
Par leur usage de la noix de coco, elles peuvent évoquer d’autres currys asiatiques, comme le curry rouge thaï ou le poulet au curry vert thaï. Le curry de bœuf panang et le cà ri gà relèvent aussi de ce registre.

Ces adaptations ne reposent pas pour autant sur une pâte de curry jaune thaï, mais sur une logique régionale propre. La version des restaurants indiens britanniques s’éloigne plus encore de ce modèle. Sauce de base, crème, sucre, crème de coco solide, curcuma et assemblage rapide à la poêle produisent une sauce sucrée et très lisse, plus proche du poulet tikka massala de restaurant. Il y reste souvent peu du grain du braisage lent, du roghan et du parfum discret qui définissent le plat ancien.

Authentique Poulet Korma
Ingrédients
- 1 kg de poulet
- 350 g de yaourt nature fouetté
- 150 g d’oignons frits/secs
- 1 cuillère à café d’ail et de gingembre moulus
- 3 cuillères à café de piment rouge moulu
- 3 cuillères à café de coriandre verte moulue
- 1 cuillère à soupe de gingembre haché
- 1 cuillère à café d’eau de kewra facultatif
- 0.25 cuillère à café de noix de muscade moulue
- 0.25 cuillère à café de macis moulu
- 2 grosses cardamomes
- 2 petites cardamomes
- 6 clous de girofle
- 6 grains de poivre noir
- 2 morceaux de cannelle
- 1.5 cuillères à café de sel
- 190 g de ghee
- 240 ml d’eau
Procédé
Préparation
- Dans un bol, mélanger le yaourt avec l’ail et gingembre moulus, le piment rouge, la coriandre moulue, les oignons frits/secs et le sel.350 g de yaourt nature, 1 cuillère à café d’ail et de gingembre, 3 cuillères à café de piment rouge, 3 cuillères à café de coriandre verte, 150 g d’oignons frits/secs, 1.5 cuillères à café de sel

- Faire chauffer le ghee dans une marmite, ajouter les grosses et petites cardamomes, les clous de girofle, le poivre noir et la cannelle, puis faire revenir 2 minutes.190 g de ghee, 2 grosses cardamomes, 2 petites cardamomes, 6 clous de girofle, 6 grains de poivre noir, 2 morceaux de cannelle

- Ajouter le mélange au yaourt dans la marmite et faire revenir 5 minutes en remuant.

- Ajouter le poulet et le faire revenir quelques minutes pour bien l’enrober.1 kg de poulet

- Verser l’eau, puis cuire à feu moyen jusqu’à ce que le poulet soit tendre et que la sauce épaississe.240 ml d’eau

- Hors du feu ou en toute fin de cuisson, ajouter l’eau de kewra (facultatif), la noix de muscade, le macis et le gingembre haché, puis mélanger.1 cuillère à café d’eau de kewra, 0.25 cuillère à café de noix de muscade, 0.25 cuillère à café de macis, 1 cuillère à soupe de gingembre

