Des udon maison servis froids, arrosés d’un tsuyu concentré au dashi de niboshi, avec daikon râpé, gingembre et quartiers de citron.
Il fait lourd, la cuisine est déjà trop chaude, et l’idée d’un bol de soupe fumante ne passe pas. Les nouilles sortent de l’eau glacée, fermes sous la dent, et il suffit de verser un peu de tsuyu bien concentré par-dessus.
Le daikon râpé rafraîchit, le gingembre pique, le citron réveille tout au dernier moment. On mélange vite, on mange vite, et le bol est vide avant qu’on ait pensé à s’asseoir correctement.

Le bukkake udon, qu’est-ce que c’est ?
Trois éléments font le bol. D’abord des nouilles udon de blé épaisses, avec ce koshi ferme et élastique qui tient jusqu’au cœur du brin. Ensuite un tsuyu concentré qui enrobe les nouilles sans les noyer : à Kurashiki, un kaeshi maturé de sauce soja, de sucre et de mirin allongé d’un dashi de kombu, de bonite et de shiitaké séché, à Kagawa un dashi plus clair dominé par l’iriko.
Viennent enfin les yakumi, cébette, daikon râpé, gingembre ou wasabi, nori, tenkasu, et parfois un œuf de caille cru dans les bols de style Kurashiki.

Le nom vient du verbe bukkakeru, verser ou arroser. C’est un mot de cuisine parfaitement ordinaire au Japon, bien antérieur au sens que l’industrie de la vidéo adulte lui a donné à la fin des années 1990, au point que certains restaurants à l’étranger l’inscrivent à la carte sous le nom de « B.K. Udon ».
Le bol ne se mange pas comme une soupe. Il n’y a pas de coupelle de trempage à part comme pour le zaru udon, proche parent du zaru soba, et les nouilles ne baignent pas dans le bouillon comme dans un kake udon ou un kitsune udon : une petite louche de tsuyu corsé est versée sur les nouilles déjà dressées, puis le tout est mélangé vivement.
Une table de mah-jong à Kurashiki, une pause déjeuner à Kagawa
Le récit de Kurashiki, dans la préfecture d’Okayama, commence dans les années 1960 avec des joueurs de mah-jong qui ne voulaient pas manipuler de coupelle de trempage. Les udon froids sont passés dans le bol, la sauce versée directement dessus, et l’astuce est devenue une signature locale.
Furuichi, ouvert en 1948, a déposé « Bukkake Udon » comme marque en 1993. Sa sauce est foncée et sucrée, proche d’un tsuyu à soba, un kaeshi maturé fondu dans un dashi de kombu, de bonite et de shiitaké séché, avec œuf de caille cru, tenkasu, cébette, kizami nori et wasabi sur les bols froids.
À Zentsuji, dans la préfecture de Kagawa, l’histoire est autre. Yamashita Udon, ouvert en 1981, servait au personnel des bols de makanai arrosés d’un dashi concentré à l’iriko, la sardine séchée.
Les clients ont demandé le même, et cette façon de servir les udon s’est diffusée. Le bukkake sanuki en a gardé la sobriété, un bouillon pâle et iodé, des nouilles très fermes, du gingembre râpé et quelques gouttes de citron pressées à mi-dégustation.

Les deux versions tiennent debout, chacune dans sa région. Kurashiki tire la sauce vers le sombre et le sucré, du côté des nouilles soba. Kagawa reste sur un bouillon marin plus clair et mise tout sur la mâche, ce que les habitués appellent parfois goumen.
Les ingrédients principaux du bukkake udon

Tout part de la nouille. Des udon épais de style sanuki, frais, surgelés ou faits maison, gardent le koshi que les versions sèches et plates n’ont presque jamais.
Un passage à l’eau glacée après cuisson raffermit la texture et lui rend du ressort. Le tsuyu vient ensuite, avec pour le style Kurashiki un kaeshi de sauce soja, de mirin et de sucre que la maturation arrondit et dessale.
Le dashi décide du reste. Kombu, katsuobushi et shiitaké séché donnent un fond profond en umami et allongent le kaeshi en une sauce intense qui nappe sans alourdir. Le profil de Kagawa part de l’iriko, souvent soutenu par du kombu, relevé de sauce soja claire et d’un peu de mirin. La sardine séchée y domine franchement.

Les garnitures font le contrepoids. La cébette apporte une fraîcheur poivrée, le daikon râpé une note juteuse qui casse le sel et le sucre, le gingembre va aux bols à l’iriko et le wasabi aux bols froids de Kurashiki.
Le citron se presse en cours de dégustation, le tenkasu croque puis s’imbibe de sauce, le kizami nori ajoute son parfum d’algue nori toastée. Un œuf de caille cru rend la sauce soyeuse dans le style Kurashiki, à condition qu’il soit sûr à consommer, sinon un œuf pasteurisé fait l’affaire et un gros jaune de poule déséquilibre le bol. Une pièce de tempura, un oden ou du tofu frit complètent le repas dans les échoppes sanuki.

Authentiques Bukkake udon – nouilles japonaises froides
Ingrédients
Pâte à udon
- 400 g de farine de blé T65
- 175 ml d’eau
- 25 g de sel
- farine pour saupoudrer, selon besoin
Dashi blanc maison (shirodashi)
- 30 g de petites sardines séchées (niboshi) vidées
- 1 morceau de kombu environ 5 cm de côté
- 10 g de flocons de bonite (katsuobushi)
- 1 L d’eau
Sauce bukkake (tsuyu) concentrée
- 400 ml de dashi blanc (shirodashi)
- 30 ml de mirin
- 12 g de sucre
- 80 ml de sauce soja
- 5 g de flocons de bonite (katsuobushi)
Garnitures (yakumi)
- daikon râpé, selon goût
- gingembre râpé, selon goût
- ciboule fine ciselée, selon goût
- quartiers de citron selon goût
- 300 ml de sauce bukkake environ, pour servir
Procédé
Dashi blanc (shirodashi)
- Vider les sardines séchées.400 ml de dashi blanc (shirodashi)
- Faire tremper les sardines et le kombu dans l’eau environ 1 heure.30 ml de mirin, 80 ml de sauce soja

- Chauffer à feu moyen puis retirer le kombu juste avant l’ébullition.

- À l’ébullition, ajouter les flocons de bonite, écumer puis laisser mijoter 10 à 15 minutes à feu doux.12 g de sucre

- Filtrer et réserver le dashi.

Sauce bukkake (tsuyu)
- Chauffer le dashi blanc.300 ml de sauce bukkake

- À l’ébullition, ajouter le mirin et le sucre, puis remuer jusqu’à dissolution.

- Ajouter la sauce soja et les flocons de bonite, couper le feu puis laisser refroidir.

- Filtrer la sauce et réserver.
Pâte à udon
- Dissoudre le sel dans l’eau.25 g de sel, farine

- Verser l’eau salée d’un coup sur la farine dans un grand saladier, puis mélanger du bout des doigts (1 minute), et continuer 8 à 9 minutes jusqu’à obtenir des miettes arrondies.175 ml d’eau

- Rassembler la pâte dans un sac, aplatir, puis piétiner/plier/rouler en plusieurs fois pour la lisser (3 séquences d’environ 1 minute), en formant un rectangle puis un carré; arrondir et sceller.

- Laisser reposer 5 à 10 minutes, puis aplatir de nouveau.

- Sur un plan fariné, étaler progressivement en tournant la pâte, puis l’affiner au rouleau jusqu’à environ 3 mm d’épaisseur; bien fariner, plier en accordéon et couper des lanières de 3 mm; déplier et secouer l’excédent de farine.

Cuisson et dressage
- Porter une grande quantité d’eau à ébullition, ajouter les nouilles en les démêlant, puis cuire environ 13 minutes à ébullition vive.

- Rincer les nouilles sous l’eau courante pour retirer le mucilage, rafraîchir puis bien égoutter.
- Dresser les nouilles dans des bols, ajouter les garnitures, puis verser un peu de sauce bukkake par-dessus (sans servir comme une soupe).

Notes
- La sauce bukkake est concentrée : versez-en peu à la fois et ajustez selon votre goût.
- Pour gagner du temps, vous pouvez préparer le dashi et la sauce à l’avance et les conserver au frais.
- Farinez généreusement au moment d’abaisser et de plier la pâte pour éviter qu’elle ne colle.