Un nabe japonais réconfortant au bouillon shirodashi et lait de soja, garni de poulet, tofu, légumes et champignons pour un repas complet et délicat.
Il fait gris dehors, et sur la table un donabe laisse monter une vapeur douce au-dessus d’un bouillon blanc. Le lait de soja non sucré, le miso blanc et le dashi lui donnent une rondeur légère, sans lourdeur.
Poulet, tofu, aburaage et légumes y cuisent lentement, à couvert de chaleur douce, pendant qu’on pioche directement dans la marmite. Tout tient à une règle simple : le bouillon ne doit jamais bouillir.

Le tōnyū nabe, qu’est-ce que c’est ?
« Tōnyū » veut dire lait de soja et « nabe » désigne la marmite. Le plat appartient à la famille des nabemono, ces marmites japonaises que l’on partage au centre de la table.
Sa base n’est ni claire ni salée comme un bouillon classique : elle est pâle et crémeuse, montée sur un dashi au kombu et à la bonite, du miso blanc et du lait de soja non sucré. On y plonge de fines tranches de porc ou de poulet, des tsukune, du tofu, de l’aburaage, du chou chinois et des champignons.
La texture fait tout. Le lait de soja s’ajoute tard et se réchauffe en douceur, autour de 63 °C, pour rester lisse au lieu de tourner. Quand les ingrédients sont mangés, on termine avec des udon ou du riz, qui boivent un bouillon devenu riche en champignons, en miso et en gras de viande.

Une invention de Tokyo, en 1991
Sous ses airs de tradition, le tōnyū nabe est récent. Son origine la mieux documentée remonte à 1991, chez Zantei Irori, un restaurant kappō de Nishi-Shinbashi, à Tokyo. Le chef Matsuda y met au point une marmite au lait de soja à une époque où celui-ci passe encore pour végétal et astringent.
Sa formule : parts égales de dashi et de lait de soja cru pressé maison, assaisonnées au miso blanc, avec des garnitures fines. Certains récits ajoutent du kamoniku, du canard, pour renforcer le dashi sans écraser le bouillon.
Le plat gagne en notoriété après plusieurs passages dans la presse art de vivre, dont le magazine Hanako, et passe peu à peu de curiosité de restaurant à favori de saison. D’autres sources rattachent son origine à Terakoya, à Kyoto, ville de longue tradition du tofu avec le yudōfu et le yuba, mais sans date ni recette d’origine aussi nettes que pour Zantei Irori.
L’idée d’une marmite douce et lactée est pourtant plus ancienne. L’Asuka nabe, dans la région de Nara entre 592 et 710, faisait déjà mijoter poulet et légumes dans un bouillon de lait et de dashi ; le Yamato nabe reprend l’idée en remplaçant le lait par du soja. À partir des années 2000, l’image santé du soja installe le tōnyū nabe à la maison : la production de lait de soja atteint 303 000 kilolitres en 2015, et des bouillons prêts à l’emploi comme celui de Mizkan (2005) popularisent la version au sésame.
Les ingrédients principaux du tōnyū nabe

Le bouillon vient d’un dashi au kombu et au katsuobushi, qui donne la profondeur umami sans que le lait de soja ne paraisse plat. Le shiro miso apporte douceur, couleur claire et corps, plus rond que le miso rouge. Un peu de saké, de mirin et d’usukuchi shōyu assaisonne l’ensemble en gardant la base pâle. Le cœur du plat reste le lait de soja non sucré (mu-chōsei tōnyū), fait de soja et d’eau : on évite les versions sucrées ou aromatisées.
Côté garniture, de fines tranches de porc ou des morceaux de poulet cuisent vite et enrichissent le bouillon, souvent complétés par des tsukune, ces boulettes qui s’imbibent de liquide. Le tofu mi-ferme et l’aburaage absorbent le bouillon et libèrent leur saveur à chaque bouchée, et un poisson blanc comme le cabillaud peut s’y glisser sans dominer. Le sésame moulu ou la pâte de sésame ajoutent, en option, la richesse de noisette du goma-tōnyū.

Les légumes gardent du contraste : le chou chinois reste croquant sur les côtes et fond sur les feuilles, tandis que le negi, le shungiku, la carotte et le daikon tranchent sur la douceur du bouillon. Shiitake, shimeji et enoki apportent des notes boisées et des textures variées. Pour finir, les udon ou un peu de riz transforment le fond de marmite en zōsui moelleux.
Le secret d’un bouillon lisse
Le vrai défi, c’est la coagulation. Le lait de soja est une émulsion d’eau, de gras et de protéines ; trop de chaleur ou un ingrédient acide les fait cailler, comme dans la fabrication du tofu, et le bouillon devient granuleux.
La parade tient à trois gestes : ajouter le lait de soja après la cuisson des viandes et des légumes fermes, garder un feu très doux une fois qu’il est versé (sous 63 °C environ, juste un léger frémissement), et ne pas remuer trop fort.

Un lait de soja non sucré et non aromatisé donne le goût le plus juste ; les versions sucrées ou vanillées le déséquilibrent. On évite la tomate et les autres ingrédients acides, ainsi que le bœuf, trop marqué pour cette base délicate. Restent de belles variantes fidèles à l’esprit du plat : un dashi kombu-shiitake pour une version végane, ou le sésame pour la richesse du goma-tōnyū.

Tōnyū nabe – marmite japonaise au lait de soja
Ingrédients
Garniture
- 1 haut de cuisse de poulet coupé en bouchées
- 0.5 bloc de tofu coupé en bouchées
- 2 feuilles d’aburaage (tofu frit) coupées en bouchées
- 3 cm de carotte coupée en fines lanières
- 1 barquette de maïtaké en petits bouquets (optionnel)
- 1 barquette de shimeji en petits bouquets
- 3 feuilles de chou chinois coupées grossièrement
- 0.25 botte de mizuna coupée grossièrement (optionnel)
- 1 poireau japonais émincé en biseau
- 2 cuillères à soupe de graines de sésame moulues
Bouillon
- 400 ml d’eau
- 3 cuillères à soupe de dashi blanc (shirodashi, concentré)
Lait de soja
- 400 ml de lait de soja non sucré
- 1 cuillère à soupe de miso blanc bombée
Procédé
Préparation
- Porter l’eau et le dashi blanc à ébullition.400 ml d’eau, 3 cuillères à soupe de dashi blanc (shirodashi, concentré)

- Ajouter le poulet, le tofu, l’aburaage, la carotte et les champignons.1 haut de cuisse de poulet, 0.5 bloc de tofu, 2 feuilles d’aburaage (tofu frit), 3 cm de carotte, 1 barquette de maïtaké, 1 barquette de shimeji

- Porter de nouveau à ébullition.

- Baisser à feu moyen et laisser mijoter 3 à 5 minutes.
- Quand le poulet est cuit, mélanger le miso blanc au lait de soja non sucré puis ajouter ce mélange dans la casserole.400 ml de lait de soja non sucré, 1 cuillère à soupe de miso blanc

- Dès les premiers frémissements, ajouter le chou chinois, la mizuna, le poireau japonais et le sésame moulu.3 feuilles de chou chinois, 0.25 botte de mizuna, 1 poireau japonais, 2 cuillères à soupe de graines de sésame

- Garder un léger frémissement, sans laisser bouillir.
- Déguster au fur et à mesure de la cuisson.

Notes
- Le lait de soja s’ajoute en fin de cuisson et ne doit jamais bouillir : au-delà du frémissement, il tranche et le bouillon se sépare.
- Gardez un feu doux une fois le lait de soja versé.
- Utilisez du lait de soja non sucré (無調整豆乳), pas une boisson au soja sucrée ou aromatisée.
- Le dashi blanc (shirodashi) est très concentré : ajustez selon les indications de votre marque.