La grande soupe coréenne de côtes de bœuf, mijotée longuement jusqu’à un bouillon clair, doré et profond.
Un bol fumant arrive dans un souffle de vapeur. Le bouillon est doré, presque transparent, et les côtes charnues cèdent sous les baguettes. Ça sent l’os longuement mijoté et le radis doux.
Servie brûlante, cette soupe de la cuisine coréenne paraît pourtant nette et rafraîchissante, ce fameux siwonhada qui allège le palais au lieu de l’alourdir. Plat de banquet, d’hospitalité et de convalescence, le galbitang se juge à une seule chose : sa limpidité. On comprend pourquoi dès la première gorgée.

Le galbitang, qu’est-ce que c’est ?
Son nom dit l’essentiel : galbi, les côtes de bœuf, et tang, la soupe. L’authenticité tient à deux ingrédients non négociables, des côtes non désossées et du radis coréen mu, et à des aromates mesurés : daepa, oignon, ail, parfois une pointe de gingembre.
L’assaisonnement reste net, au sel ou au guk ganjang, cette sauce soja claire pour soupe, plus salée et plus limpide que les sauces soja foncées. Les nouilles dangmyeon, courantes aujourd’hui, ajoutent surtout une texture souple.
Le résultat n’est ni brun, ni rouge, ni laiteux. Le bouillon doit rester translucide, doré ou ambré, profond sans devenir opaque. Un galbitang fidèle ignore le gochugaru, le gochujang, la saisie à l’huile et la sauce soja dark qui masquerait sa couleur. Les aromates parfument, puis on les retire. Tout tient dans ce bouillon clair et lumineux, sans être incolore.

Du bœuf rare aux grandes marmites de Suwon
Le galbitang naît d’une époque de rareté. Sous la dynastie Joseon, les bovins étaient d’abord des bêtes de trait : ils labouraient, tiraient les charges, faisaient tourner l’économie rurale. L’abattage était encadré, parfois interdit, et le bœuf restait réservé aux rituels, à la cour et aux familles yangban. Servir une soupe de côtes de bœuf était donc un signe d’aisance. Le terme Galbiguk, attesté dès la fin de Goryeo, désignait au départ une simple soupe de côtes, pas toujours de bœuf.
À la cour, le plat a pris une forme fastueuse : un même bol pouvait réunir côtes, tripes, un ormeau entier, des concombres de mer, des œufs, du radis et des champignons, mariage de terre et de mer digne d’un banquet royal. Les livres de cuisine du tournant du XXe siècle l’ont ensuite ramené à une formule plus sobre et plus précise : environ 2 kg de côtes, 300 g de radis, plusieurs litres d’eau et cinq à six heures de cuisson, avec une consigne déjà nette, retirer le radis à temps pour garder sa texture et la limpidité du bouillon.
Au XXe siècle, le galbitang s’est répandu avec l’essor économique du pays. Dans les années 1970 et 1980, en plein « Miracle sur le fleuve Han », il devient un plat de fête pour une classe moyenne capable d’offrir du bœuf à ses invités.
À Suwon, ville de marché bovin, le Wanggalbitang met en avant des côtes géantes et une limpidité poussée à l’extrême. Plus au nord, dans le Hamgyeong, le Garitgukbap réunit riz, tofu, viande et seonji, du sang de bœuf coagulé, pour une version plus robuste et rassasiante.
Les ingrédients principaux du galbitang

Les côtes font la base du plat. Des morceaux épais, longs de cinq à six centimètres, libèrent collagène, gélatine, moelle et umami au fil d’une longue cuisson. Les fines coupes façon LA galbi ne tiennent pas ce mijotage et se défont.
Le radis coréen mu, lui, porte la sensation de siwonhada : plus dense et parfumé que le daikon japonais, il apporte une douceur végétale, absorbe une partie du gras et allège la richesse du bœuf. Bien cuit, il garde une texture nette ; trop cuit, il se délite et trouble la soupe.

Les aromates parfument sans jamais garnir : daepa, gousses d’ail entières, gros morceaux d’oignon, et une pointe de gingembre pour corriger les notes animales. Tous sont retirés avant le service. Pour l’assaisonnement, le guk ganjang donne sel et umami en préservant la teinte claire ; le sel marin, typique de certains styles de Suwon, peut s’accompagner d’un peu de sucre sur la viande. Un tour de poivre noir, un filet d’huile de sésame ou un peu d’ail haché relèvent les côtes.
Au moment de servir, les dangmyeon, nouilles de fécule de patate douce, ajoutent du moelleux, et le jidan, fines lanières de jaune et de blanc d’œuf, rappelle les tables de fête. Les versions yakseon, plus médicinales, glissent parfois de l’astragale, du ginseng, des jujubes, des pignons ou du dashima, tant que le bouillon reste limpide.

Authentique Galbitang – Pot-au-Feu Coréen
Ingrédients
- 1.5 kg de côtes de bœuf
- 450 g de radis blanc coréen remplacer par du daïkon au besoin
- 1 oignon
- 2 tiges de jeunes oignons
- 8 gousses d’ail
- 5 tranches de gingembre séché
- 4 L d’eau
- 2 œufs
- sel un peu + pour assaisonner
- 1 cuillère à soupe d’huile végétale
Pour faire dégorger les côtes de bœuf
- 1 cuillère à soupe de sucre
Pour blanchir les côtes de bœuf
- partie verte des jeunes oignons prélevée sur les jeunes oignons
Assaisonnement du galbitang
- poivre selon le goût
Procédé
Dégorger les côtes
- Faire tremper les côtes de bœuf dans de l’eau froide pour les faire dégorger.1.5 kg de côtes de bœuf, 4 L d’eau

- Ajouter le sucre dans l’eau afin d’aider le sang à s’évacuer, puis changer l’eau de temps en temps.1 cuillère à soupe de sucre

- Rincer les côtes de bœuf à l’eau froide, puis les égoutter.

Blanchir les côtes
- Mettre la partie verte des jeunes oignons dans une casserole d’eau et porter à ébullition.partie verte des jeunes oignons

- Ajouter les côtes de bœuf dans l’eau bouillante. Lorsque l’eau bout vivement, couper le feu, puis rincer les côtes à l’eau froide.

Préparer et cuire le bouillon
- Couper grossièrement le radis blanc coréen, l’oignon, l’ail, le gingembre séché et la partie blanche des jeunes oignons (ils serviront à préparer le bouillon).450 g de radis blanc coréen, 1 oignon, 2 tiges de jeunes oignons, 8 gousses d’ail, 5 tranches de gingembre

- Verser l’eau dans une grande casserole, ajouter le radis, l’oignon, l’ail, le gingembre et les jeunes oignons, puis porter à ébullition à feu vif.

- Ajouter les côtes de bœuf blanchies. Faire bouillir 10 minutes à feu vif, sans couvercle.

- Réduire à feu moyen-doux et laisser mijoter environ 50 minutes. Coincer un papier absorbant entre la casserole et le couvercle pour éviter que le bouillon ne déborde.

- Retirer le radis après environ 30 minutes de cuisson et le couper en morceaux faciles à manger.

Préparer la garniture d’œuf
- Casser les œufs dans un bol, ajouter un peu de sel et battre. Huiler une poêle chaude, cuire en fine omelette, rouler puis couper en fines lanières.2 œufs, sel, 1 cuillère à soupe d’huile végétale

Filtrer et finir la soupe
- Après la cuisson, filtrer le bouillon et réserver séparément le bouillon et les côtes de bœuf.

- Remettre le bouillon dans la casserole, ajouter les côtes, le radis et les jeunes oignons hachés, puis porter à frémissement.

- Assaisonner avec du sel et ajouter du poivre selon le goût.poivre

- Servir bien chaud avec les lanières d’œuf.

Notes
- Pour un bouillon plus clair, écumez si besoin au début de l’ébullition et rincez bien les côtes après blanchiment.
- Le temps de trempage peut varier : prolongez si l’eau se colore encore beaucoup.
